Norme EN ISO 20345 : guide complet pour comprendre les marquages

La norme EN ISO 20345 est la référence incontournable pour tout ce qui concerne les chaussures de sécurité en Europe. Pourtant, ses marquages restent souvent obscurs pour les acheteurs et même pour certains responsables sécurité. Voici le guide complet pour décrypter tous les codes, comprendre les tests auxquels sont soumises les chaussures, et faire le bon choix selon votre activité professionnelle.
Qu’est-ce que la norme EN ISO 20345 ?
La norme EN ISO 20345 est une norme européenne harmonisée qui définit les exigences de sécurité, les méthodes de test et les marquages des chaussures de sécurité à usage professionnel. Elle est obligatoire pour toute chaussure vendue comme EPI (Équipement de Protection Individuelle) pour les pieds dans l’Union Européenne.
Son application est régie par le Règlement (UE) 2016/425 relatif aux EPI, qui impose notamment le marquage CE et l’intervention d’un organisme notifié pour la certification. En France, c’est le Code du travail (articles R. 4321-1 et suivants) qui impose à l’employeur de fournir des EPI adaptés aux risques identifiés dans le Document Unique d’Évaluation des Risques.
La norme EN ISO 20345 couvre les chaussures de sécurité proprement dites — c’est-à-dire celles équipées d’une coque de protection des orteils résistant à un choc de 200 joules et à un écrasement de 15 kN. Elle se distingue de deux autres normes de la même famille :
- EN ISO 20346 : chaussures de protection (coque résistant à 100 joules, usage moins exigeant)
- EN ISO 20347 : chaussures de travail (pas de protection obligatoire des orteils, confort prioritaire)
Les catégories de base : de SB à S5
SB — Sécurité Base
SB est le niveau de protection minimal commun à toutes les chaussures EN ISO 20345. Il exige :
- Coque de protection résistant à 200J et à un écrasement de 15 kN
- Résistance au glissement (test SRA ou SRB)
- Résistance à la flexion de la semelle
- Résistance à l’abrasion de la semelle extérieure
SB seul ne suffit généralement pas pour un usage professionnel réel — il constitue la base à laquelle s’ajoutent des caractéristiques supplémentaires.
S1 — Usage intérieur général
S1 = SB + antistatique (AS) + absorption d’énergie au talon (E) + zone fermée au talon (pas de lanières ouvertes).
L’antistatique limite l’accumulation de charges électrostatiques sur la chaussure (résistance entre 100 kΩ et 1000 MΩ). L’absorption d’énergie au talon (minimum 20 joules) réduit la fatigue lors d’une station debout prolongée.
S1 est la catégorie minimum recommandée pour la plupart des environnements de travail intérieurs sans risque particulier d’humidité ou de perforation.
S1P — S1 avec anti-perforation
S1P = S1 + insert anti-perforation dans la semelle, résistant à une force de minimum 1100 N.
Obligatoire dès lors que le poste expose à un risque de percement par des clous, vis, éclats de métal ou de verre. Indispensable en BTP, en charpenterie, en métallurgie.
S2 — S1 avec résistance à l’eau de la tige
S2 = S1 + WRU (résistance à la pénétration et à l’absorption de l’eau au niveau de la tige).
Le test WRU consiste à flexionner la tige dans l’eau et à mesurer la pénétration et l’absorption d’eau. Les chaussures WRU protègent contre les éclaboussures et une exposition modérée à l’humidité, mais ne sont pas entièrement étanches.
S3 — Protection complète pour chaussures basses
S3 = S2 + insert anti-perforation.
C’est la catégorie la plus complète pour les chaussures basses ou montantes. Elle combine résistance à l’eau de la tige et protection contre la perforation, et est recommandée pour le BTP extérieur, la logistique avec chariots élévateurs, l’industrie lourde.
S4 et S5 — Bottes
S4 et S5 désignent des bottes dont la tige et la semelle sont en caoutchouc ou polymère, entièrement étanches. S5 = S4 + insert anti-perforation. Ces catégories s’imposent pour les travaux dans l’eau ou avec des projections massives de liquide.
Les marquages complémentaires
Au-delà des catégories, des marquages supplémentaires signalent des protections ou propriétés additionnelles.
Résistance à l’eau
WRU (Water Resistant Upper) : résistance à la pénétration d’eau de la tige lors d’éclaboussures. Inclus dans S2 et S3.
WR (Water Resistant) : résistance à l’eau de la chaussure entière, plus exigeant que WRU. Une chaussure WR doit absorber moins de 3 cm² d’eau après 15 minutes de marche dans 3 cm d’eau. Voir le détail dans notre page sur l’étanchéité des chaussures de sécurité.
Résistance thermique
HI (Heat Insulation) : isolation de la semelle contre la chaleur. Test à 150°C — la température à l’intérieur ne doit pas dépasser 42°C.
CI (Cold Insulation) : isolation de la semelle contre le froid. Test à -17°C — la température intérieure ne doit pas chuter de plus de 10°C en 30 minutes.
HRO (Heat Resistance of Outsole) : résistance de la semelle extérieure au contact avec une surface à 300°C pendant 1 minute, sans fondre ni craqueler. Indispensable en soudure, fonderie, asphalte chaud.
Plus de détails dans notre page sur l’isolation thermique des chaussures de sécurité.
Protection électrique
AS (AntiStatic) : propriété antistatique (incluse dans S1 à S3). Résistance entre 100 kΩ et 1000 MΩ.
ESD (ElectroStatic Discharge) : dissipation contrôlée des charges électrostatiques, plus strict que AS. Résistance entre 100 kΩ et 35 MΩ. Recommandé dans les environnements électroniques sensibles (microélectronique, assemblage de composants).
E (Electrical insulation) : isolation électrique — la chaussure entière doit résister à 18 000 V sans être traversée par plus de 1 mA. À ne pas confondre avec les chaussures isolantes EN 50321 conçues pour les travaux sous tension.
Plus de détails dans notre page sur les protections électriques.
Résistance mécanique
AN (AnkleProtection) : protection contre les coupures à la cheville, testée avec une tronçonneuse.
CR (Cut Resistance) : résistance à la coupure de la tige.
FO (Fuel Oil resistance) : résistance de la semelle aux hydrocarbures (huiles, fuels).
Antidérapance
SRA : résistance au glissement sur carrelage céramique avec solution savonneuse.
SRB : résistance au glissement sur acier lisse avec glycérol.
SRC : combinaison SRA + SRB — la meilleure résistance au glissement toutes surfaces. Recommandé par défaut dès que les sols peuvent être mouillés ou gras.
Comment lire un marquage complet
Exemple : S3 ESD CI SRC
- S3 : résistance eau tige WRU + anti-perforation (la catégorie la plus complète pour chaussures basses)
- ESD : dissipation électrostatique contrôlée
- CI : isolation de la semelle contre le froid (-17°C)
- SRC : meilleure résistance au glissement (SRA + SRB)
Cette chaussure convient donc à un usage en chambre froide avec risque électrostatique, sur sols potentiellement mouillés.
Obligations réglementaires en France
L’employeur est tenu par l’article R. 4321-1 du Code du travail de fournir gratuitement des EPI adaptés aux risques identifiés. Les chaussures de sécurité doivent être conformes à la norme EN ISO 20345 et porter le marquage CE.
Le salarié est tenu d’utiliser les EPI qui lui sont fournis (article L. 4122-1) et de les maintenir en bon état. Le refus de porter ses EPI peut constituer une faute susceptible d’engager la responsabilité du salarié en cas d’accident.
Les normes EN ISO sont régulièrement révisées — vérifiez que les chaussures achetées sont conformes à la version en vigueur (actuellement EN ISO 20345:2022).
En résumé
La norme EN ISO 20345 est le socle de toute la réglementation des chaussures de sécurité en Europe. Comprendre les catégories (SB à S5) et les marquages complémentaires (ESD, WR, HRO, CI, SRC, FO…) permet de faire des choix adaptés aux risques réels du poste, et non de se contenter de la catégorie la plus courante sans réfléchir à son adéquation.
Pour aller plus loin : guide d’achat chaussures de sécurité, toutes les protections des chaussures de sécurité, normes détaillées EN ISO 20345.
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